Derrière le camouflage, la vision thermique et les créatures de la saga Predator, il y a surtout des bricolages de génie, puis du numérique.
En bref
- La saga mélange costumes, optiques et CGI
- Le premier Predator a failli dérailler
- Le corps du monstre reste très humain
Retirez les effets spéciaux de Predator, et vous ne voyez pas juste un film « nu ». Vous voyez une franchise qui s’est construite à force de rustines brillantes, de contraintes techniques, puis d’un basculement progressif vers le numérique.
Avant l’icône, un Predator presque raté
Le plus fou, c’est que le monstre qu’on connaît a failli ne jamais exister sous cette forme. Sur le tournage du film de 1987, alors appelé Hunter, l’alien n’était pas encore incarné par Kevin Peter Hall dans le design de Stan Winston, mais par Jean-Claude Van Damme dans une version abandonnée du costume.
Le problème venait surtout des jambes digitigrades, voulues par John McTiernan, qui rendaient l’ensemble presque inutilisable. Pour certains plans, il fallait même suspendre l’acteur. Le tournage a été stoppé, Van Damme et Boss Film ont quitté le projet, puis Winston a créé la silhouette définitive, avec ce visage à mandibules et ces dreadlocks imaginés à partir d’une idée de James Cameron. Clairement, toute la mythologie visuelle naît là.
Le camouflage, un tour d’optique devenu signature
Quand on pense Predator, on pense à ce camouflage qui déforme l’air. À l’époque, pas question de cliquer sur un plug-in. L’équipe utilisait deux costumes, un complet pour les plans visibles, un autre entièrement rouge pour fabriquer l’effet d’invisibilité.
Ce rouge permettait de mieux isoler la silhouette dans la jungle et contre le ciel. Ensuite, R/Greenberg Associates creusait littéralement l’image avec des mattes optiques concentriques, pour faire passer un arrière-plan filmé autrement à travers la forme du monstre. Le procédé a servi dans Predator puis Predator 2. C’est artisanal, très malin, et ça tient encore pas mal.
Voir comme un Predator, c’était aussi une galère
La vision thermique n’a rien d’un gadget facile. Comme la pellicule infrarouge ne captait pas correctement la chaleur corporelle, l’équipe a utilisé un scanner thermique Inframetrics. Sauf qu’il offrait une définition limitée, et qu’il fallait garder le décor sous les 32 degrés pour détacher les acteurs du fond.
Résultat ? Deux jours perdus, puis de la végétation arrosée à l’eau réfrigérée. Joel Hynek expliquait aussi que l’image finale mélangeait captation thermique et caméra classique grâce à un beam splitter, un miroir semi-réfléchissant. Sans casque, le point de vue du monstre passait par une solarisation, histoire de rester alien sans répéter exactement le même effet.
Des chiens CGI à Prey, la saga a changé de peau
Avec le temps, la saga a glissé vers le CGI. Dans Predators, les Hellhounds sont numériques, avec poussière, sol et membres arrachés simulés pour les fusillades. Dans The Predator, même logique pour les Predator Dogs et pour l’Upgrade Predator, trop massif pour un simple costume, même si un buste grandeur nature servait de référence lumière.
Mais le plus intéressant, c’est que le centre de gravité n’a pas bougé. Dans Prey, le Predator reste joué par Dane DiLiegro dans une combinaison animatronique de Studio ADI, ensuite retouchée en postproduction. Le sang de l’ours sur le camouflage, par exemple, profite de cette fusion entre pratique et numérique. Et la vieille phrase de Kevin Peter Hall résume tout, « Stan crée l’extérieur, et moi je suis l’étincelle, la vie qu’il y a dedans ». Avec les prochains films déjà en route, c’est sans doute là que la saga va continuer de se jouer, dans ce mélange-là.