La voix de Rocky dans Project Hail Mary n’a pas été pensée comme un simple effet alien. James Ortiz y a glissé un indice clé sur sa traduction.
En bref
- La voix de Rocky imite un traducteur bricolé
- James Ortiz pensait être remplacé au montage
- Le timbre évolue avec l’apprentissage de l’anglais
On l’entend, mais on ne le formule pas forcément. Dans Project Hail Mary, la voix de Rocky sonne un peu faux, un peu cassée, presque bancale. Et c’était justement l’idée.
Cette voix bancale n’avait rien d’un accident
L’alien d’Erid, créature rocheuse et crabiforme dépourvue de visage, ne parle pas anglais. Il communique par tons et accords musicaux, jusqu’à ce que Ryland Grace, le scientifique joué par Ryan Gosling, mette au point un système de traduction à bord de son vaisseau. Sauf que ce système n’a rien d’une merveille de labo. Dans un entretien avec Ben Pearson pour /Film, James Ortiz explique qu’il imaginait une boîte vocale qui bugue, parce qu’au fond elle repose sur deux ordinateurs portables assemblés à l’arrache.
Du coup, son interprétation de Rocky ne cherchait pas seulement le bon timbre. Il jouait aussi une forme de traduction informatique fragile, comme si la machine peinait parfois à suivre.
Un acteur qu’on n’attendait même pas au générique final
Ce qui rend le détail encore plus intéressant, c’est qu’Ortiz ne pensait même pas garder la voix du personnage. Il a raconté à Variety qu’il lisait bien les répliques sur le plateau, mais qu’il partait du principe que Phil Lord et Chris Miller feraient appel à un autre comédien pour la version finale.
Ils ne l’ont pas fait. Et on comprend pourquoi. Les monteurs ont bien bricolé certains essais au début, notamment pendant la scène où Grace teste plusieurs options de voix pour Rocky. Ortiz explique même qu’ils ont pris plusieurs prises et les ont fusionnées pour obtenir quelque chose d’un peu détraqué. Mais ensuite, pour l’essentiel, c’est juste lui.
Quand Rocky apprend l’anglais, sa voix change aussi
Là où le travail devient vraiment fin, c’est dans l’évolution du personnage. Toujours auprès de /Film, Ortiz raconte que Rocky devient progressivement plus à l’aise avec l’anglais. Au début, il s’en sert comme d’un outil brut. Puis, peu à peu, presque comme d’une poésie.
Résultat ? La voix devait rester artificielle, sans cesser d’être plus naturelle au fil du récit. Et Ortiz précise un point utile : quand il parle d’IA, il parle bien du système de traduction dans le vaisseau, pas d’un procédé utilisé pour fabriquer le film.
Pourquoi ce détail compte autant dans le film
Bon, Project Hail Mary n’est pas seulement une aventure de science-fiction dure adaptée du roman de 2021 d’Andy Weir. C’est aussi une histoire d’amitié entre deux êtres qui, au départ, ne peuvent même pas se parler. Toute la réussite de Rocky tient là, dans cet équilibre délicat entre une voix de machine et une présence profondément attachante.
Le film cache déjà pas mal de clins d’œil, comme un caméo furtif du narrateur du livre audio, Ray Porter, ou plusieurs easter eggs SF. Mais ce petit choix vocal raconte quelque chose de plus fort. Il donne une texture à la technologie, et surtout une texture à la relation. Même Neil deGrasse Tyson, pourtant difficile à convaincre sur ce terrain, s’est montré plutôt positif envers le film. Ce n’est pas anodin : quand un détail aussi discret renforce à ce point l’émotion, on touche à ce que la SF fait de mieux.