En 1983, Sean Connery a repris James Bond dans un film concurrent d’Eon. Un retour culte, juridiquement bancal, qui divise encore le canon.
En bref
- En 1983, Octopussy et Never Say Never Again s’affrontent au cinéma, avec Roger Moore et Sean Connery dans le rôle de James Bond.
- Un conflit de droits autour de Thunderball explique pourquoi le film de Sean Connery reste à part de la saga officielle.
- Malgré ce statut particulier, Never Say Never Again est considéré comme un véritable film 007 par une majorité de fans.
Deux James Bond au cinéma la même année, il fallait oser. En 1983, Octopussy sort d’abord avec Roger Moore, puis Never Say Never Again débarque quelques mois plus tard avec Sean Connery. Sur le papier, c’est fascinant. En pratique, c’est surtout le symptôme d’une franchise coupée en deux par le droit.
L’année où Bond s’est retrouvé face à lui-même
Le duel a bien existé, mais pas exactement en face-à-face. Octopussy arrive aux États-Unis le 10 juin 1983 avec un budget de 27,5 millions de dollars. Never Say Never Again suit le 7 octobre, avec un budget supérieur, autour de 36 millions de dollars.
Au démarrage, Sean Connery fait mieux, avec 11 millions de dollars contre 8,9 millions de dollars pour Roger Moore. Mais la comparaison est un peu bancale, l’un profite d’un week-end férié sur quatre jours, l’autre non. Sur l’ensemble de l’exploitation, Octopussy gagne nettement, avec 67,9 millions de dollars aux États-Unis et 187,5 millions de dollars dans le monde, contre 55,4 millions de dollars et 160 millions de dollars pour le film de Sean Connery.
Pourquoi ce film n’entre toujours pas vraiment dans la série ?
Le nœud du problème remonte à la fin des années 1950. Kevin McClory, Ian Fleming et le scénariste Jack Whittingham travaillent alors sur une histoire de James Bond jamais filmée. Fleming en tire ensuite le roman Thunderball en 1961 sans créditer les deux autres. Procès, accord en 1963, et Kevin McClory récupère des droits sur Thunderball. Pas sur tout James Bond, juste sur cette histoire précise.
Voilà pourquoi Never Say Never Again est en gros un second passage sur l’intrigue de Thunderball. Et ça se voit partout. Pas de gun barrel, pas le thème de Monty Norman, Warner Bros. distribue en Amérique du Nord au lieu de United Artists, et même le Q habituel devient un Algy joué par Alec McCowen. Irvin Kershner, trois ans après The Empire Strikes Back, réalise ce drôle d’ovni. Franchement, industriellement, c’est un cas d’école.
Le retour improbable de Sean Connery
Le plus fou reste quand même Sean Connery. Il avait quitté le rôle après Diamonds Are Forever en 1971 et répétait qu’il ne reviendrait pas. Il revient pourtant à 52 ans pendant le tournage, 53 à la sortie. Le titre vient d’ailleurs d’une idée de sa femme, Micheline, créditée à l’écran. Pour une promesse brisée, c’est assez élégant.
Et Sean Connery ne revient pas à moitié. Il obtient un cachet de plusieurs millions, un droit de regard sur le casting et le script, puis s’implique dans presque toutes les décisions. Le scénario est signé Lorenzo Semple Jr., avec des réécritures non créditées de Dick Clement et Ian La Frenais. Même le tournage part en vrille, puisque Steven Seagal, engagé pour l’entraînement, lui casse le poignet.
Film à part, mais James Bond quand même pour beaucoup de fans
Le film garde aujourd’hui un statut bizarre. Côté casting, il y a du solide, de Klaus Maria Brandauer à Kim Basinger, en passant par Barbara Carrera et un jeune Rowan Atkinson. Les critiques de 1983 ont été plutôt favorables, et les notes rétros tiennent la route, avec 71% sur Rotten Tomatoes et 68 sur Metacritic.
Mais le plus ironique arrive après. MGM rachète le film en 1997, puis Danjaq et MGM récupèrent en 2013 tous les droits restants liés à Kevin McClory. Juridiquement, tout est enfin rangé. Sauf que Never Say Never Again continue d’être vendu à part et absent des coffrets officiels. Les fans, eux, sont moins tatillons. En 2021, un sondage YouGov indique que 57 % des fans de James Bond le considèrent comme un vrai film 007, contre 15% qui disent non.