Au box-office, ils ont raté leur rendez-vous. Avec le temps, ces 10 films de science-fiction ont pourtant gagné un statut culte, parfois immense.
En bref
- La SF floppe souvent avant d’être reconnue
- Dix films ont gagné leur public après coup
- Le culte est né hors des salles
Le box-office adore trancher vite. La science-fiction, elle, résiste souvent à ce verdict-là. Pas mal de films aujourd’hui tenus pour majeurs ont d’abord été rejetés, mal vendus ou sortis au pire moment.
Quand la SF arrive trop tôt pour son public
En 1982, Blade Runner, The Thing et TRON se fracassent chacun à leur manière pendant que E.
T. capte l’attention. Le film de Ridley Scott, coincé entre attentes trompeuses autour de Harrison Ford et modifications imposées par Warner Bros., ne ressemble pas au divertissement spatial espéré. Même logique pour The Thing, jugé trop noir, trop violent, trop glacial. Et TRON, pourtant techniquement en avance avec ses images numériques et son animation rétroéclairée, ne trouve pas le méga-succès attendu par Disney.
Dark City subit un sort voisin en 1998. Trop beau, trop étrange, parasité par une voix off imposée qui gâche une partie du mystère, il est aussi écrasé par l’ombre de Titanic. Puis The Matrix arrive l’année suivante, en reprenant au passage certaines idées et même des décors de studios à Sydney. Résultat ? Le mauvais timing, encore.
Des échecs transformés par la VHS, le DVD et les séances de minuit
Ce qui sauve souvent ces films, ce n’est pas la salle. C’est l’après. Blade Runner renaît avec les projections de répertoire, puis grâce au Director’s Cut de 1992 et au Final Cut de 2007, débarrassés des compromis de départ.
Pour Donnie Darko, le mouvement passe par les séances de minuit et le DVD. En 2001, son histoire d’ado hanté, d’accident d’avion et de fin du monde n’avait aucune chance d’être reçue normalement. Plus tard, les fans en ont fait un puzzle à théories. Richard Kelly a même annoncé un roman suite, The Philosophy of Time Travel.
Et puis il y a The Rocky Horror Picture Show, cas à part. Sorti puis presque retiré des salles en 1975, il devient un rituel collectif après ses projections nocturnes à New York. Costumes, répliques criées, accessoires lancés dans la salle. Là, on ne parle plus seulement de culte, mais d’un usage du cinéma.
Quand le studio vend mal le film, ou le coupe trop vite
The Iron Giant paie une campagne marketing minimale chez Warner Bros.. Des familles entières n’ont même pas su qu’il existait avant sa disparition des écrans. Pourtant, son récit d’amitié entre un garçon et un robot géant, sur fond de paranoïa des années 1950, est devenu un repère générationnel grâce aux rediffusions et à la vidéo.
Event Horizon, lui, a été sorti trop vite. Le film de Paul W.S. Anderson, amputé après des projections test choquées par sa violence, n’a jamais pu être peaufiné. Sa légende s’est construite aussi sur ces images perdues. Gattaca, à l’inverse, a souffert d’une froideur apparente, presque austère, qui cachait un grand film sur le déterminisme génétique et la volonté.
Ce que ces films racontaient déjà de nous
Si ces flops tiennent encore, ce n’est pas par nostalgie. Starship Troopers a été pris au premier degré en 1997 alors que Paul Verhoeven visait une satire féroce de la propagande militariste. Blade Runner, Gattaca, Dark City ou TRON parlent tous d’identité, de contrôle et de ce qui reste d’humain dans des systèmes qui nous dépassent.
Bon, le vrai sujet est peut-être là. Ces films n’ont pas changé. C’est le public qui les a rejoints, parfois dix ou vingt ans plus tard. Et pour la SF, c’est presque une constante.