Box-office fragile, accueil partagé et fin jugée infidèle au comic : le cas Supergirl inquiète déjà sur la suite du nouvel univers DC.
En bref
- Le film déçoit au box-office
- Le comic changeait vraiment Supergirl
- La fin du film concentre les critiques
On attendait une grande adaptation de Supergirl: Woman of Tomorrow. Une partie du public a surtout l’impression d’assister à un contresens, et c’est ça qui fait mal.
Un film qui arrive avec un vrai problème de confiance
Les chiffres n’aident pas. Supergirl totalise pour l’instant 79 millions de dollars, soit environ 68 euros… non, ici on parle bien de millions, donc environ 68 millions d’euros (79 millions de dollars) dans le monde, pour un budget estimé entre environ 146 et 154 millions d’euros (170 à 180 millions de dollars). Forcément, quand l’accueil critique reste partagé et que le bouche-à-oreille des fans paraît plus tiède qu’espéré, la question dépasse le seul week-end d’exploitation.
Le vrai sujet, c’est aussi le standard que le nouveau DC Studios semblait avoir posé après le Superman de James Gunn. Et là, le contraste saute aux yeux. Le film ne sous-performe pas seulement en salles, il donne aussi l’impression de ne pas tenir la promesse créative du nouveau DCU.
Ce que le comic racontait vraiment
Dans le comic signé Tom King et illustré par Bilquis Evely, on retrouve pourtant les mêmes bases. Kara Zor-El, déprimée, fête son anniversaire sur une planète au soleil rouge, croise Ruthye Marye Knoll, puis se lance à la poursuite de Krem des Collines Jaunes après l’empoisonnement de Krypto.
Mais le livre jouait une autre partition. Tom King s’appuie sur une narratrice peu fiable, non pas parce qu’elle ment, mais parce que Ruthye est une enfant encore trop naïve pour comprendre ce qu’elle voit vraiment. C’est toute la force du récit. La traque sert surtout à montrer comment Kara tente de préserver l’innocence de la jeune fille, pendant que leurs traumatismes se répondent. Sans cette voix de Ruthye, absente du film, une bonne partie de la profondeur psychologique saute.
Krem, les Brigands et tout ce que le film a déplacé
Même les détails comptent. Dans le long-métrage, Krem, joué par Matthias Schoenaerts, devient une sorte de pirate spatial inquiétant. Dans le comic, il est présenté autrement, plus humanoïde, et il ne dirige pas les Brigands.
Eux ne sont pas un simple gang. Ce sont des mercenaires spécialisés dans les massacres de masse, payés pour effacer des populations entières. Le comic insiste là-dessus en multipliant les étapes du voyage, de planète en planète, jusqu’à faire sentir la violence laissée dans leur sillage. Et Ruthye n’est jamais réduite au rôle de témoin: à certains moments, c’est elle qui doit aussi trouver la force de sauver Kara.
La fin qui change le sens de toute l’histoire
C’est là que la fracture devient nette. Dans le comic, ni Ruthye ni Kara ne tuent Krem. Elles l’enferment dans la Phantom Zone, puis des années plus tard, une Ruthye âgée révèle qu’il a changé. La victoire n’est pas physique, elle est morale. C’est quand même plus fort.
Le film choisit l’inverse. Kara tue Krem, avec l’idée d’épargner ce geste à Ruthye et de venger les femmes victimes de trafic, de torture et pire. Sauf que pour pas mal de fans, ce choix assombrit tout, au point de rappeler la décision du Superman de Zack Snyder d’exécuter Zod. Et la sortie publique de la scénariste Ana Nogueira, expliquant qu’elle pensait que Ruthye tuait Krem dans le comic, a encore nourri le malaise. Derrière ce débat de fin, il y a une inquiétude plus large: si DC Studios adapte ses meilleurs récits de cette manière, c’est toute la confiance des fans qui peut s’éroder.