Il y a près de 40 ans, James Cameron ne signait pas juste une suite. Avec Aliens, il redéfinissait durablement l’identité de la saga.
En bref
- Aliens a changé le ton de la saga
- James Cameron a injecté la logique du film de guerre
- Romulus est le premier vrai compromis
Près de 40 ans après sa sortie en salles, Aliens reste le point de bascule de toute la franchise. Pas juste une grande suite. Un film qui a tellement redéfini Alien que tous ceux qui ont suivi ont dû choisir un camp, ou tenter de faire tenir les deux.
Une suite qui n’a pas prolongé Alien, elle l’a déplacé
Quand Ridley Scott lance Alien en 1979, le film impose un modèle très net, celui d’une horreur claustrophobe perdue dans l’espace. Le succès inspire vite des copies, de Galaxy of Terror à Xtro, en passant par Inseminoid. Et pourtant, la vraie suite met sept ans à arriver.
Entre-temps, James Cameron comprend un truc simple, mais décisif. Refaire un autre château gothique spatial n’avait pas beaucoup d’intérêt. D’après une histoire racontée autour du film, et que la productrice Gale Anne Hurd a elle-même présentée dans Rolling Stone comme peut-être apocryphe, Cameron aurait écrit « Alien » sur un tableau, puis ajouté un signe dollar pour faire « Alien$ ». L’idée derrière la blague, elle, est limpide, faire un film de guerre dans l’espace.
Pourquoi ce virage a secoué toute la franchise
C’est là que le film devient important au-delà de son statut culte. Alien regardait du côté du cauchemar fermé, presque organique. Aliens, lui, ouvre l’échelle, muscle l’action, met des armes partout et pense en termes d’escouade, de siège, de survie militaire. On est plus près d’un affrontement total que d’un simple slasher SF.
Ce contraste raconte aussi les obsessions différentes de ses auteurs. Même dans des projets comme Blade Runner ou Raised By Wolves, Ridley Scott montre combien la science-fiction l’intéresse comme terrain d’idées. Mais Alien restait avant tout un film d’angoisse. Aliens, lui, a tiré la saga vers une ampleur qui évoque presque davantage les films Avatar que Halloween.
Quarante ans après, personne n’a vraiment dépassé Aliens
Et c’est là que les ennuis commencent. Alien 3, plombé par une production notoirement chaotique, revient vers l’horreur de siège, mais avec un ton trop sombre et pas assez d’action pour rivaliser. Alien: Resurrection tente autre chose sans retrouver l’élan de Aliens. Les deux Alien Vs. Predator, eux, misent trop sur les morceaux d’action et oublient au passage la tension.
Les préquelles tardives de Ridley Scott, Prometheus puis Alien: Covenant, ont un peu remis la série sur ses rails. Mais le vrai déclic récent, c’est Alien: Romulus en 2024. Placé entre Alien et Aliens, le film a enfin mélangé l’horreur en lieu clos du premier avec l’énergie armée du second. Résultat, la saga a peut-être enfin admis ce qu’elle cherche depuis 1986, non pas choisir entre deux identités, mais apprendre à vivre avec les deux.